Vous êtes ici

« 40 % des dermatologues ont plus de 60 ans en Auvergne »

Michel D’incan, chef de service de dermatologie au CHU de Clermont-Ferrand, estime que sa spécialité est trop peu reconnue en France. Il met en garde sur la désertification médicale de sa profession en Auvergne et sur la méconnaissance des dermatoses.
 

dermatologie

À l’occasion de la publication prochaine du Livre blanc de la dermatologie, porté par la Société française de dermatologie (*), le professeur Michel D’incan, chef de service de dermatologie au CHU Estaing de Clermont, et secrétaire général de cette association, dresse un état des lieux préoccupant de la profession en Auvergne. La Montagne l'a rencontré.

Comme de nombreuses spécialités médicales, la dermatologie est-elle aussi touchée par la désertification médicale en Auvergne ?

Oui, évidemment. Il y a surtout un phénomène de disparités. On compte 45 dermatologues libéraux et quelques praticiens hospitaliers en Auvergne. Sauf qu’une majorité est répartie dans le « triangle d’or » qu’est Clermont–Thiers–Vichy. Et surtout, 40 % d’entre eux ont plus de 60 ans. Beaucoup de départs risquent de ne pas être remplacés, comme ceux des chefs de service hospitalier au Puy-en-Velay, à Montluçon ou à Aurillac, d’ici trois ans. Pour obtenir un rendez-vous, il faut attendre jusqu’à neuf mois en Auvergne et c’est préjudiciable pour la détection précoce des cancers cutanés.Extrait du Livre blanc de la dermatologie. La Creuse ne compte aucun dermatologue. L'Allier et la Haute-Loire ont une densité de spécialistes jugée faible. Capture d'écran Livre blanc

Je forme des internes en dermatologie. Il y en a trois par an à Clermont et ils ne sont pas originaires de la région. L’avenir sera difficile, les généralistes vont être obligés de s’impliquer davantage en amont, d’avoir des notions en dermatologie.

Les dermatologues sont peu nombreux mais, à l’inverse, les maladies de peau sont en augmentation.

Elles explosent même. Une étude épidémiologiste que nous avons réalisée, intitulée « Objectifs peau », assure qu’un Français sur trois souffre d’une maladie de peau, que 46 % des acnéiques vont s’absenter au moins une fois à l’école ou au travail à cause de leur maladie. Les dermatoses, c’est-à-dire l’eczéma, le psoriasis, l’acné, les mycoses, ont un impact sociétal énorme, sur la qualité de vie, sur le relationnel du patient puisque cela touche le physique, le visible.

Dans ce Livre blanc, vous pointez aussi le manque de reconnaissance de votre profession.

C’est l’un de nos défis. Encore aujourd’hui, on me demande “Qu’est-ce que vous faites en dermato ?” Les gens pensent que nous faisons uniquement de la cosmétologie, que l’on prescrit des crèmes et que nous nous occupons uniquement des cheveux gras... Alors que la recherche clinique et fondamentale en dermatologie est l’une des plus actives en France. On compte une centaine de laboratoires sur tout le territoire, il y a énormément d’essais cliniques pour trouver de nouveaux traitements.

L’autre problème de ce manque de reconnaissance, c’est que de nombreux traitements ont un reste à charge très important.

Les 5 affections cutanées les plus fréquentes en France :
1. L'acné (3,3 millions de personnes)
2. La dermatite atopique connue sous le nom d'eczéma (2,5 millions de personnes)
3. Le psoriasis (2,4 millions de personnes)
4. Les maladies du cuir chevelu (2,3 millions de personnes)
5. Les mycoses (2,2 millions de personnes)

Pouvez-vous nous donner un exemple du coût de ces traitements ?

Il y a quinze ans, un traitement pour un psoriasis sévère coûtait 1.500 euros par an. Désormais, ça va de 12 à 15.000 euros par an car les traitements sont très perfectionnés, mais ils ont forcément un coût. On devra trouver une nouvelle façon de financer les soins de ces maladies, c’est le défi de la dermatologie et de la médecine de manière générale.

(*) Avec la participation de la Fédération française de formation continue en dermato-vénérologie et le Collège d’enseignants en dermatologie.